Pourquoi a-t-on déscolarisé notre fille?

J’étais professeur des écoles pendant 11 ans. Je souhaitais continuer d’accompagner des enfants mais d’une manière plus individualisée et qui correspondait plus à mes convictions. Aujourd’hui, je suis assistante maternelle pour des enfants entre 2 et 6 ans, j’ai démarré un blog « Grandir ensemble pas à pas » pour semer des petites graines et je propose également des ateliers apprendre autrement pour des enfants entre 3 et 10 ans.

Je suis maman de deux filles de 5 et 7 ans. Mon aînée n’est plus scolarisée et sa sœur ne le sera plus prochainement.
Agathe a eu 7 ans en janvier, elle est de début d’année. Elle était toujours la plus âgée dans sa classe. Et en plus, elle s’est intéressée au monde qui l’entoure et aux écrits autour d’elle assez tôt, elle avait 3 ans et 10 mois. Elle voulait déchiffrer les mots sur les emballages alimentaires et sur les affiches publicitaires dans la rue mais comme ketchup et BMW ce n’est pas le plus simple quand on débute, j’ai commencé à lui proposer des outils pour lire des mots, puis des petites phrases, etc…. Mais la 1ère difficulté est arrivée. A l’école, l’apprentissage de la lecture n’est pas au programme de la petite section. Et en maths, entre ses intérêts, ses compétences et le programme, il y avait un gouffre.

Quand elle rentrait le soir frustrée, elle explosait! Toute la journée, elle se retenait d’exprimer ses émotions et ses besoins. Mais le soir, il fallait que ça sorte. On se rendait bien compte qu’elle n’était pas bien alors je lui proposais de manipuler du matériel Montessori les mercredis et les week end. Cela lui plaisait beaucoup mais en voulant l’aider, je creusais encore plus l’écart.

Je vais vous donner un exemple précis : les nombres.
Dans les programmes de l’éducation nationale, c’est qu’en CE2 que les enfants découvrent les milliers et doivent maitriser les nombres jusqu’à 9999. Je me rappellerai toujours de ma collègue de CE1 qui avait mal réagi quand je lui disais que mes élèves en début de CE2 n’étaient vraiment pas à l’aise avec les milliers. Elle m’avait répondu que ce n’était pas au programme du CE1.

Dans la pédagogie Montessori, c’est vers 4 ans et demi qu’on présente le système décimal (unité, dizaine, centaine, millier) avec les perles et les symboles. Vers 5 ans, Agathe pouvait lire 2417. Et depuis 1 an, elle est à l’aise même avec les 70, 80, 90 et donc jusqu’à 9999.

Donc 1ère difficulté : l’école ne s’adapte pas forcément à l’enfant, qu’il avance rapidement ou plus lentement.

2ème difficulté : les enfants sont rangés par date de naissance. Ils ont tous le même âge, à 1 an près, entre ceux qui sont de début d’année et de fin d’année.
Si vous habitez à la campagne, vous avez un peu plus de chance car il y a sûrement 2 niveaux dans la classe. Mais si les CE1 sont rangés d’un côté et les CE2 rangés de l’autre, on perd le bénéfice d’avoir 2 niveaux dans la classe.

Je considère que le multi-âge est indispensable!
Maria Montessori parlait des plans de développement : de 3 à 6 ans, de 6 à 9 ans, de 9 à 12 ans, de 12 à 15 ans….

Quand des enfants de 3, 4, 5 et 6 ans partagent le même espace de vie, c’est fabuleux! Les petits observent les plus grands, apprennent en les observant, ils les imitent et ils peuvent se projeter pour voir de quoi ils seront capables un jour.
Les plus grands consolident leurs acquis en aidant les plus jeunes et développent d’autres compétences comme l’entraide, l’empathie, la coopération…
J’ai la chance de pouvoir observer cela pendant mes ateliers.
Bernard Collot avait des enfants entre 6 et 12 ans dans sa classe. Et toute son expérience au fil de sa carrière illustre les bienfaits, tout le positif que cela engendre.

3ème difficulté : le programme
Moi, en tant qu’enseignante, je ne pouvais plus passer mes journées à imposer des choses aux enfants. Je me culpabilisais de leur faire subir cela. Quand ils sont jeunes, ils ont d’autres centres d’intérêts. Je me rappelle d’Agathe qui se passionnait pour le moyen-âge et les dinosaures. Elle posait beaucoup de questions sur d’autres sujets également. On n’avait pas le temps de chercher la réponse à la 1ère question que la 2ème question arrivait.
Et un jour, vers 5 ans et demi, elle a arrêté de poser des questions. Les enseignants répondaient toute la journée à des questions qu’elle ne s’était pas posée, ils lui demandaient de faire des lignes d’écriture de lundi, mardi, mercredi et y’a 7 jours dans la semaine. Y’avait la place pour écrire 3 fois chaque mot. Je vous laisse faire le calcul. 21 mots à écrire sur une feuille photocopiée en noir et blanc. Y’a plus fun à 5 ans. Et vous qui êtes adulte, quand vous écrivez, c’est pour transmettre un message.

Est-ce qu’aujourd’hui vous accepteriez de faire une tâche comme celle-ci juste pour avoir une belle écriture? Alors que vous avez compris que c’est pour communiquer avec quelqu’un. En maternelle, ils ne l’ont pas forcément compris.
Je suis convaincue que le programme doit venir des enfants. On doit mettre à leur disposition un environnement riche. Et quand ils se posent une question, le matériel leur permet d’y trouver la réponse. Quand Agathe m’a demandé combien de jours il y avait dans 2 années, je l’ai invité à utiliser les perles pour trouver la réponse. Elle a additionné 365 perles à 365 autres perles et a trouvé le nombre de jours dans 2 années (730).

Elle a fait une addition pour trouver la réponse à son interrogation, pas juste pour apprendre à faire des additions. Cela avait du sens.
André Stern dit que l’enthousiasme est l’engrais du cerveau. Il a résumé tout le processus en 5 mots.

Un jour à l’école, mi septembre, j’ai une collègue qui m’a dit que son cahier journal, son organisation de la journée si vous préférez était prêt jusqu’aux vacances de Noël. J’ai pris peur! Comment elle avait pu prévoir autant à l’avance? Y’a qu’une solution. C’est le programme qui la guide et pas l’enfant! Ce n’est pas un reproche car on nous apprend à travailler de cette manière là en formation.

Et 4ème difficulté : les méthodes d’apprentissages : la façon dont on présente les notions.

Maria Montessori, Célestin Freinet, Pierre Faure et bien d’autres ont découvert tout ça dès les années 1900. Pourquoi un siècle plus tard, on ne s’inspire pas plus de ces pédagogues? Les enfants passent de 3 à 18 ans, enfermés et 40% sortent du CM2 avec des retards en lecture et en mathématiques. Si vous connaissez Céline Alvarez, vous le savez déjà! C’est de la folie! Je me sens en colère face à ce constat et je ne pouvais plus attendre. Avec les enfants que j’accueille dans le cadre des ateliers, je peux respecter mes convictions et je me sens beaucoup mieux. Et je vois que le matériel que j’utilise leur permet de comprendre ce qu’ils font. Mais je pense aussi à tous les enfants qui n’auront pas la même chance que les enfants non-sco et j’ai envie de faire bouger les parents et les enseignants.

Pour revenir à Agathe, en février 2016, on a pris la décision de faire « l’école à la maison » pour la rentrée de septembre. Donc elle a quitté l’école début juillet 2016. Pour elle et pour nous, la transition s’est faite au début de l’été. C’était une décision très difficile à prendre. On n’est pas dans la norme mais en tout cas, on s’est dit que cela valait le coup d’essayer et si on avait fait un mauvais choix, on pourrait revenir en arrière.

Alors, j’imagine que vous vous demandez comment ça se passe.

Agathe a joué pendant 2 mois, du matin au soir. Elle avait une dette à récupérer, ce n’était pas une dette de sommeil mais une dette de jeu. Et comme les enfants se construisent en jouant, ça tombait bien.

Je lui ai proposé plusieurs choses. Faut pas oublier que j’étais instit quand même, on ne change pas du jour au lendemain. Elle le faisait pour me faire plaisir ou elle ne le faisait pas.
Et au bout de 4-5 mois, elle a reposé des questions! « Est-ce que ce cours d’eau, il se jette dans la mer? », « Ca fait combien 1000 plus 340? », « Quand les dinosaures sont arrivés? On dit tout le temps qu’ils se sont éteints il y a 65 millions d’années mais quand est-ce qu’ils sont arrivés? » . C’était reparti. Vous imaginez comme c’est long 4 mois ! Et je pense que plus les enfants restent à l’école longtemps, plus il faut du temps pour qu’ils redeviennent acteurs et maîtres de leurs apprentissages. Moi, il m’a fallu 30 ans pour réagir! Et retrouver le plaisir d’apprendre.

Je ne vous dis pas de déscolariser vos enfants dès demain. Je veux juste que vous preniez conscience de tout cela pour agir en connaissance de cause. Il existe des écoles qui respectent l’enfant et ses apprentissages mais il faut les trouver! J’espère ne pas vous avoir trop chamboulé.

Je vous laisse y réfléchir et j’aimerais beaucoup connaître vos réactions. Qu’est-ce que vous vous dîtes là maintenant?
N’hésitez pas à partager votre ressenti dans les commentaires, ça serait très intéressant.

Céline Guerreiro

www.grandirensemblepasapas.com

iceberg

J’étais professeur des écoles pendant 11 ans. Je souhaitais continuer d’accompagner des enfants mais de manière plus respectueuse et individualisée. Aujourd’hui, je suis assistante maternelle, blogueuse débutante pour semer des petites graines et je propose également des ateliers apprendre autrement pour des enfants entre 3 et 10 ans.

Je suis maman de 2 filles de 5 et 7 ans. Mon aînée n’est plus scolarisée et sa sœur ne le sera plus prochainement.

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. J’adhère à 100% mais financièrement je ne peux lâcher mon boulot, pourtant c’est ce qu’il faudrait à mes enfants et surtout mon ainé snif

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