Ma fille veut vivre chez son père …

Que de changements en quelques semaines !

Après 11 ans de vie de commune, de maternage, d’amour intense, de complicité… et de disputes aussi, ma puce de 11 ans a fait le choix d’aller vivre chez son papa. Ça fait un moment qu’elle en parlait. Elle avait d’ailleurs fait l’essai l’an passé d’aller y vivre un mois pour pouvoir décider d’où elle voulait vivre. Mais à son retour prendre une décision était trop compliqué pour elle. On a donc choisi de ne pas changer notre organisation familiale.

Pas facile de lâcher prise et de voir ses enfants grandir !

Par où comment pour raconter notre histoire ? Mélia adore son père, c’est son héros, le plus fort, son « Number One » comme elle l’appelle. J’ai accepté ce rôle de deuxième place, parce que je l’aime et que je n’ai pas besoin d’être sa préférée. J’ai juste besoin d’avoir toujours une place dans son cœur et d’être proche d’elle. Elle n’a souvent pas assez pu profiter de lui. Il s’est investi dans son rôle de papa avec beaucoup d’amour et de tendresse sur sa première année, mais les choses ont évolué différemment les années suivantes, tout particulièrement après notre séparation.

J’ai accompagné ma fille dans ses pleurs, dans ses colères, dans le manque de papa… C’était difficile pour moi car cette situation me renvoyait à mon histoire. Elle venait toucher mes peurs et mes insécurités de petite fille qui avait peu vu son papa. J’en voulais au sien de ne pas être suffisamment là, de ne pas être le père que j’aurais voulu pour mes enfants, et je culpabilisais de leur faire vivre cela.  Pour moi, c’était impossible qu’ils vivent sans leur papa.

Mes attentes me rendaient révoltée et indignée de cette situation. Cela nous a valu bien des conflits. J’avais le cœur brisé de voir ma fille triste, et j’étais en colère contre son père pour son désengagement et ses comportements à risque. J’ai fais du mieux que je pouvais pour essayer de poser des limites pour moi et les enfants de façon bienveillante… mais je n’ai pas toujours réussi à tenir ma ligne de conduite ! J’ai été accompagné sur cette période pour réussir à la traverser au mieux. Ce suivi m’a aidé à lâcher prise, à dépasser mes peurs et à aller aux bouts de mes valeurs profondes, ce qui s’est matérialisé par une procédure judiciaire.

Après une première année de garde alternée chaotique, les enfants sont revenus habiter chez moi à temps plein. Durant la deuxième année, ils allaient chez leur père les week-ends et vacances scolaires. J’étais consciente que ce n’était pas assez pour Mélia. Mon cœur de maman souffrait de la voir en manque de son papa, mais je n’étais plus prête accepter de mauvaises conditions pour elle. Ce fut une année de plus un peu bancale, et je restais frustrée de devoir accueillir les décharges et tout reprendre à zéro à chacun de leur retour.

La troisième année fut marquée par le déménagement de leur papa à plus de 3 heures de route. Cela a été suivi de plusieurs changements : 1/ Notre choix de reprendre l’école à la maison 2/ Ma fille en manque +++ de son papa et en son insatisfaction de vivre loin de lui 3 / Mon fils beaucoup plus apaisé  4 / Moins de relais pour moi (hormis durant les vacances scolaires).

La colère de Mélia prend une place importante dans notre quotidien depuis ce déménagement. J’ai passé de nombreuses heures à accueillir sa colère et à contenir sa violence. J’étais tellement triste pour elle que j’ai fini par porter sa colère et à m’en sentir responsable. Parce que je n’avais pas choisi le bon papa, parce que je n’avais pas pu lui offrir ce dont elle avait besoin… J’ai continué à avancer avec cette culpabilité sur le dos et cette colère contre la situation, jusqu’à ce que je m’aperçoive que j’avais tellement pris en charge la colère de Mélia que j’en étais devenue pour elle La responsable ! Comment cela avait-il pu devenir ainsi ?

J’ai toujours été là pour elle, je l’ai toujours écouté même quand c’était difficile pour moi d’entendre qu’elle préfère papa ou qu’elle voudrait vivre avec lui. Oui, je ne pouvais pas répondre à sa demande. Pour plusieurs raisons que j’aurais sans doute du mal à démêler clairement. Je peux entre autres identifier, le fait que je n’avais plus confiance en son père au vu de ses agissements, nos façons de vivre et d’éduquer très opposés (je ne voulais pas que ma fille grandisse dans cette autre façon de considérer les enfants), le fait que je n’étais pas du tout prête à vivre loin d’elle, ainsi que la faible implication de leur papa dans le peu de temps qui lui était déjà imparti.

A chacun de ses retours chez lui, j’accueillais sa tristesse qu’il ne se soit pas montré assez présent, mais aussi sa colère de devoir rentrer parce que peut-être en restant plus longtemps, elle aurait pu plus profiter de lui. Cette situation se succédait à chaque vacance. Petit à petit j’ai progressivement avancé sur l’acceptation que, même si leur papa ne correspond pas à mes attentes de maman, c’est sa façon à lui d’être papa. La croyance que mes enfants l’ont choisi à leur naissance m’a aidé à donner du sens à tout cela. Il fait d’ailleurs surement du mieux qu’il peut, avec qui il est. Je sais qu’il aime très fort ses enfants, je n’ai jamais eu aucun doute la dessus.

L’année dernière, elle a fait un essai d’un mois là bas, le résultat n’a pas été différent, d’où notre décision de ne rien changer pour le moment. Les conditions n’y étaient toujours pas. Je ne vais pas mentir, il n’y a pas eu de grands bouleversements depuis. Mélia a, elle aussi, avancé sur son chemin de l’acceptation, mais elle est restée insatisfaite de vivre avec l’absence de son père. J’ai encore de nombreuses fois accompagné sa colère contre moi… et derrière chacune de ses colères se cachaient un « papa me manque ».

Au mois de juin, après une semaine de rencontre non-sco ponctuée de « Je veux voir papa!!! », je lui ai proposé d’aller y passer l’été pour faire le plein de papa avant sa rentrée en sixième. Ça tombait bien, il était justement en arrêt de travail tout l’été! Elle est donc parti toute contente là-bas, mais est revenu 3 semaines plus tard. Elle y est retournée encore 3 semaines avec son frère en juillet… mais ce n’était pas encore assez pour elle. Elle voulait y aller en août mais son papa ne pouvait pas. J’étais triste pour elle qu’elle n’ait pas pu répondre à son besoin d’y passer tout l’été. Je comprenais cette colère en elle, et j’acceptais de la recevoir parce que je savais qu’elle avait besoin de moi pour la décharger.

Alors oui, je sais que c’est une réaction normale et que cela veut dire qu’elle a confiance en moi, mais cela n’empêche pas ma difficulté à vivre d’être en conflit régulier avec elle.  L’entrée de Mélia dans l’adolescence me fait décidément beaucoup pensé à la période des 2 ans ! Cette situation m’amène aussi à mieux comprendre cette colère contre ma mère dont je n’arrivais pas à m’expliquer clairement l’origine et qui me semblait disproportionnelle. Je me demandais parfois pourquoi je ressentais plus fort cette colère contre elle, alors qu’elle a beaucoup plus fait pour moi que mon père n’en a fait. Aujourd’hui, je me dis que peut-être les enfants ont une part d’eux qui pense qu’une maman peut toujours tout faire et tout changer 😉 Une Wonderwoman quoi !

J’ai commencé une thérapie psycho-corporelle récemment pour m’accompagner dans ces émotions, et notamment dans la colère contre Mélia qui commençait à grandir en moi. Je ressentais que des émotions passées étaient en train de se rejouer, et je n’avais pas envie que cela vienne alourdir et abîmer la relation avec ma fille. J’ai justement fais tout un entretien en Gelstat thérapie dessus. Ce qui est ressorti, c’est que j’ai accepté de porter cette colère pour protéger ma fille de la déception, et pour l’en alléger. Mais ce n’étais pas juste que cette colère qui ne me revient pas se dirige vers moi, parce que je suis la seule capable de l’accueillir.

Ce travail m’a permis de voir une chose en face : Mélia est en manque de son père, elle a besoin de faire sa propre expérience, et elle a tout ce qu’il faut en elle aujourd’hui pour la faire.

J’en ai parlé avec elle. Elle m’a parlé des parts d’elle qui disent « oui » et de celles qui ont des appréhensions. J’ai fais de mon mieux pour l’écouter et accueillir ses envies, mais assez vite c’est ma tristesse et la colère face à celles-ci qui sont apparues. Mélia voyant ma difficulté à rester cohérence et dans l’ouverture est venue me rassurer, et me faire rire avec ses petites phrases : « ce n’est pas contre toi, c’est juste que j’ai besoin d’être avec papa, nous ça fait 11 ans que l’on vit ensemble… maman je suis grande maintenant, je ne suis plus ton bébé, même si je sais que pour toi je le serai toujours… je vois bien que c’est dûr moi pour toi… Rooo la la, qu’est-ce que ça va être quand j’aurais 18 ans ^^ ». J’aime trop ma fille et qui elle est, malgré toutes nos différences et nos difficultés aussi.

Elle m’apprend tellement et m’a déjà tellement appris. J’aime son assurance, sa détermination, son empathie, sa attention aux autres, son naturel à être elle-même. Je n’ai pas d’enfants qui sont comme moi ou qui me ressemblent comme il me semble voir parfois chez d’autres familles. Mes enfants sont bien différents de moi. Ils ont leur propre caractère, leurs propres idées, leurs goûts et leurs valeurs bien à eux. Cela me déroute parfois, d’autres fois je me demande si j’en suis responsable ou si j’ai mal fais quelque chose… et souvent je suis épatée de voir la magie de la construction d’une personnalité! Ils sont des êtres à part entière et je suis tellement fière d’avoir réussi à ne pas « casser » cela jusque là.

Je suis aussi très fière à chaque fois que je peux voir dans leurs actes ou paroles ce que j’ai su leur transmettre par ma façon de les accompagner au fil des années. Je pourrais résumer cela par ces simples mots : Expression de soi et de ses émotions. Ils ont cette facilité à se dire, à dire leurs envies, leurs idées, à les défendre, à rester eux-mêmes, mais aussi à comprendre les autres et à savoir les écouter. Je leur ai aussi transmis pleins d’autres choses bien moins bien ! Mais juste pour cela, je suis heureuse et fière d’être la maman que je suis, parce que cela me semble une base solide pour vivre et évoluer dans ce monde.

Au fil de nos échanges avec Mélia, j’ai fini par voir que le fait qu’elle puisse faire ce choix, me l’exprimer et en parler ouvertement avec moi était en fait la matérialisation de la relation de confiance et d’authenticité que l’on a su tisser entre nous. J’ai aussi compris que, forte de l’amour et la confiance qui nous unis, elle est aujourd’hui prête pour cette nouvelle expérience. Je dois donc continuer à lui offrir la confiance qui a jusque là guidé notre relation.

J’aime ma fille plus que tout et elle a toujours été au centre de mes préoccupations et de mes choix. Ceci dit, j’ai l’impression que c’est le plus grand acte d’amour que j’ai fais pour elle depuis sa naissance! Je prends pleinement la mesure qu’au fil des années, aimer ses enfants s’exprime par la liberté d’être eux-mêmes et de faire leurs propres expérience qu’on leur accorde.

Je suis fière de ma fille, de son courage à aller au bout de ses choix, à partir dans un endroit qu’elle connait peu, à faire sa première rentrée dans un collège où elle ne connait personne, et à oser ce changement de vie. Quelle force pour une puce de juste 11 ans! Je suis aussi fière d’avoir la force de lui offrir cette expérience, d’avoir su l’écouter, et d’avoir su aller chercher l’aide me permettant de prendre la responsabilité de mes émotions pour continuer à l’accompagner sur son chemin à elle.

J’ai été épaté par sa faculté à trouver elle-même ses solutions, comme par exemple sa demande d’être suivi là-bas par une psychologue pour l’aider dans ses appréhensions. J’ai été épaté par sa maturité face au fait qu’elle sait que son papa sera souvent absent et qu’elle devra souvent aller chez sa mamie. Elle a conscience qu’elle n’y trouvera pas son idéal, mais elle veut aller voir et prendre ce qu’il a à lui offrir, à sa façon à lui.

J’ai d’ailleurs été étonnée de voir la réaction de son père face à tout cela. Pour la première fois depuis très longtemps, je l’ai senti parler et agir en père responsable. Je pense qu’il a été touché par la demande de Mélia. Quelle magie chez ma princesse…. A force de détermination, je sens qu’elle arrive à amener son papa sur les pas du père qu’elle attendait. Elle sait moi aussi me guider, et je l’en remercie pour ça ! Je pense par exemple à une discussion avant de partir où elle m’a demandé d’arrêter de l’appeler par « mon bébé, mon amour » ou d’autres petits noms, mais aussi de la considérer comme la jeune fille qu’elle est et non comme la petite fille que j’ai envie de voir en elle.

Je m’épate aussi d’avoir accepté! Je ne réalise pas encore vraiment, elle est partie hier. Et si je suis honnête, j’ai encore une grande part en moi qui espère qu’elle revienne rapidement. Mais quoiqu’il en soit, j’accepterai toujours qui elle est et ses choix, parce que je l’aime plus que tout au monde et que j’ai envie de lui offrir la liberté et l’espace d’être vraiment qui elle est.

Il y a encore un an, je n’aurai pas pensé cela possible ! J’aurais vu les risques et mes peurs que l’on abîme le cœur de ma petite fille. Mais aujourd’hui je réalise que mon éducation a déjà su porter quelques jolis fruits… qui lui permettent aujourd’hui d’affirmer qui elle est, et de faire un pas de plus vers son autonomie. Je reste là pour elle, les bras et le cœur ouvert, admirative et contemplative de la jeune fille qu’elle est en train de devenir.

Je t’aime Mélia <3 <3 <3

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A Propos de l’auteur

liz perret
Bonjour :)
Je suis psycho-énergéticienne, spécialisée dans l’accompagnement parental et familial… et surtout la maman de 2 enfants de 11 et 9 ans.
Depuis leur naissance, je me suis passionnée pour le maternage, la parentalité bienveillante, les pédagogies alternatives, les médecines naturelles, l’alimentation saine, les cosmétique fait maison, l’éducation populaire, l’écoute active, la psychologie positive, les soins énergétiques, la féminité au sens large… Curieuse par nature, j’adore apprendre et partager mes passions :)

5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Anne dit :

    Pouf, quel témoignage bouleversant… Je pourrais presque écrire la même chose sur le fait que ma fille est en manque cruelle de son papa, sur ses colères, sur le poids de ma responsabilité… Elle n’a pas encore pris de décision pour aller vivre chez papa mais on en a vraiment beaucoup discuté.

    Bravo à toi de l’avoir accompagné vers son choix

  2. Grangier dit :

    Waw Liz,je suis tellement touchée, émue par ton témoignage si humble,coeur à coeur, empreint d une belle lucidité qui semble nourrir aussi tes deux enfants…
    Nos parcours sont assez similaires,et je comprends point par point les étapes par lesquelles tu es passées et les belles prises de conscience qui en ont découlé…Parentalité expérience initiatique..Merciiiii ..et bravo pour cet amour en grand..

  3. Perret ju dit :

    Tres bel article .je suis ans le cas de passer devant le juge pour recuperer mes enfants mais je me heurte a un fils pas content de bientot 8ans qui voit pas l interet de vivre chez moi.depuis le divorce je suis rien pr lui….on espere un oui du juge car pour moi le papa n est pas competent et les educs le pensent aussi….mais la decision revient au juge biensure….je suis terrifiee a l idee d un retour dans la colere et les hurlement car il y aura sa soeur de 5ans qui elle attend que ca de revivre avec maman et de la « sauver » de cette vie….
    Merci du retour.
    Ju perret.

  4. Bonjour Liz, je trouve ton article très intéressant. Quand je lis cela, j’ai l’impression qu’ Alycia va bientôt me demander la même chose, je vois bien qu’elle a besoin de son papa mais ne sait pas comment lui exprimer.
    C’est dommage que je sois si loin car je serais volontiers venu te voir et pouvoir parler de tout cela avec toi.
    Fais un bisou à tes enfants.
    Sandrine, maman d’Alycia, d’Aymeric et d’Annaëlle.

    1. liz perret liz perret dit :

      on pourra en parler avec plaisir, si tu repasses un de ces jours en Ariège 😉 Mélia adorerait revoir Alycia, elle parle d’elle encore régulièrement en disant qu’elle lui manque ! des bisous chez toi et à tes enfants :-*

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