Ecole à la maison : j’écoute mes peurs

Bonjour à tous,

Maman de 2 enfants de 9 et 11 ans non scolarisés, j’ai récemment participé à 2 émissions sur Fami-TV pour partager les peurs que j’ai rencontré à propos de l’Instruction en Famille !

Pour y voir plus clair, j’ai décidé d’écrire un article à ce sujet. Il ne s’agit pas de parler de mes peurs comme des vérités, mais plutôt de vous partager ma démarche d’identification de ces peurs (passées ou actuelles) pour mieux en prendre soin.

Peur numéro 1 : Que l’école « casse » la curiosité (apprentissages contraints), la spontanéité (espace et parole contraints) et l’estime d’elle-même (jugements et évaluations) de mes enfants

Quand Mélia a eu 3 ans, j’avais déjà entamé mes recherches sur les écoles alternatives, mais rien n’existait autour de chez moi. Ma fille demandant à aller à l’école (qui était à 2 pas de chez nous!), on est naturellement allé la visiter. Au cours de ces 2 heures d’immersion à laquelle je l’ai accompagné, j’ai vu ma fille parler avec facilité dans ce groupe d’enfant, se lever pour aller jouer à la dînette quand elle s’ennuyait, puis revenir dans le groupe pour écouter les autres, et donner son avis sur ce qui était partagé. Je l’ai vu jouer et rire avec les autres comme si elle les connaissait déjà. J’ai aussi vu des enfants de 3 ans rester assis sans bouger ni parler, ou seulement quand on les y invitait. J’ai vu des enfants intimidés, et se faire presser à aller dehors ou mettre leurs chaussures. J’ai vu des enfants se faire réprimander pour la vivacité de leurs jeux, avec des mots qui m’ont parus abruptes pour des enfants de cet âge. J’ai aussi entendu du jugement sur ma fille à la fin de ces 2h : « Elle a du caractère, elle bouge beaucoup… ». J’ai aussi compris l’intention des adultes qui auraient été sensé prendre soin d’elle : « Ne vous inquiétez pas, il y en a d’autres de comme elle. C’est au début, après ils se calment. »

Moi qui était si fière de la voir confiante et à l’aise avec le monde qui l’entourait ! Cela pouvait-il être un problème ? Ne pouvait-elle pas être acceptée dans sa personnalité telle quelle ? Et pourquoi était-ce à elle de s’adapter à la classe, et pas à la classe de s’adapter à qui elle était ? Evidemment mes questionnements n’étaient pas entendables pour mon entourage. Ne va-t-on pas à la maternelle justement pour apprendre ces règles de vie en « société » ? Moi, j’étais sure d’une chose : je ne voulais surtout pas que l’on « casse » cette confiance en elle que j’avais essayé de conserver au mieux. J’étais tellement admirative de la voir si enjouée et spontanée dans la vie de tous les jours, comme dans ce cadre qui lui était inconnu.  Je voulais à tout prix qu’elle puisse conserver cette force et cette vitalité en elle.

Alors quel est mon vécu derrière cette peur, me demanderez-vous ? Mon histoire à moi, c’est que j’ai assez tôt appris à être une gentille petite fille. Au fil de années, je me suis enfermée dans l’image de la fille timide qui avait du mal à trouver sa place parmi les autres. J’ai aussi toujours été une bonne élève. Je n’ai eu aucun problème d’apprentissages, ni avec mes professeurs. Mais je mesure aussi l’impact que cela a eu sur moi d’apprendre à répondre aux attentes qui m’étaient demandées, et à chercher la validation à l’extérieur de moi. Donc quand j’ai senti que l’on voulait « calmer » ma fille, j’ai pris mes jambes à mon cou! Elle était futée, curieuse, pleine de vie, et avec un bac +3 je savais que je pourrai lui transmettre les apprentissages de la maternelle ^^ A cette époque, mon projet n’était pas celui de l’école à la maison, mais celui de créer une école qui lui convienne (puisque c’était sa demande). Mais la vie nous a amené sur d’autres chemins que ceux que je m’étais imaginés …

Peur numéro 2 : Faire un choix (définitif ?) pour eux

A l’époque, Mélia voyait une groupe d’enfants une à deux fois par semaine, et la voisine qui habitait à coté de chez nous tous les jours. Elle disait vouloir aller à l’école mais je préférais attendre qu’elle soit un peu plus grande, afin qu’elle puisse identifier si on lui manque de respect. Je ne voulais pas que cela soit intériorisé en elle comme normal.

A vrai dire, elle n’a pas particulièrement insisté pour y aller, mais cette culpabilité était tout de même présente. Je pense qu’elle avait pour origine une certaine incohérence à l’intérieur moi. Je disais souvent à ma fille « c’est toi qui sait ce qui est bon pour toi ». Mais là je ne suivais pas son instinct, et je lui imposais un choix guidé par mes bonnes intentions… mais aussi par mes peurs ! Je ressentais un manque de confiance envers l’institution scolaire, mais aujourd’hui je me dis que je manquais aussi surement de confiance en sa capacité à être elle-même et à s’affirmer, peu importe l’endroit et les personnes.

Cette pression que je me mettais était aussi causée par le fait que j’avais le sentiment qu’il s’agissait d’un choix important et presque définitif. Si on s’inscrit à l’école, il faut y aller tous les jours et toute l’année. Que ferais-je si elle s’y sentait mal ? Aujourd’hui, j’ai un rapport beaucoup plus décomplexé avec ça. Pour eux, je suis prête à assumer de les inscrire quelque part, qu’ils ratent des journées d’école, ne fassent pas leurs devoirs, ou de les désinscrive 2 mois après si cela ne leur convient pas.

Peur numéro 3 : Etre jugée pour mon choix différent

Sur ce même âge de la maternelle, nos connaissances lui parlaient souvent de l’école et lui demandaient quand elle y irait. De mon coté, j’entretenais souvent le flou sur les sujets pour lesquels je n’avais pas envie de me justifier. J’avais déjà à mon actif l’allaitement long, le cododo, le « pas de père noël », et mon entourage avait du mal à comprendre et se positionner dans ma démarche de ne pas punir ni réprimander ma fille. Voilà que pour la question de l’école, je partais encore dans une direction bien différente de ce que l’on a l’habitude de voir, et je n’assumais pas encore à 100%. Je faisais un choix engagé et j’avais l’impression de creuser de plus en plus un fossé de différences avec les personnes que je côtoyais auparavant.

Ma peur derrière ? Celle d’être jugée, de ne pas être validée, celle de m’affirmer dans mes choix et d’affirmer ma différence. Pour ma fille, je me voyais « obligée » de me démarquer de plus en plus, si je voulais rester fidèle à mes valeurs et à ma volonté de lui offrir ce qui me semblait le mieux pour elle. C’était un vrai dépassement pour moi avec mon passé d’enfant qui faisait de son mieux pour ne pas se faire remarquer. Jusque là, dans ma vie, j’avais plutôt choisi le compromis d’essayer de chercher une petite liberté en répondant aux grandes lignes des attentes que l’on avait sur moi. Mais, grâce à ma fille, j’ai  appris à exister autrement <3

Peur numéro 4 : Ne pas avoir assez de temps pour moi et mon activité professionnelle

C’est une peur qui est apparu après, en vivant l’Instruction en Famille, et qui m’a même amené à scolariser mes enfants à 4 ans 1/2 et 6 ans. Le maternage non-stop m’avait épuisé, et j’étais en pleine séparation avec leur papa. J’avais besoin de me retrouver, de m’expérimenter autrement qu’en tant maman, et de me faire de la place pour moi-même dans ma vie. Je n’en pouvais plus de ranger, cuisiner, câliner, consoler et d’être à disposition de mes enfants de jour comme de nuit. J’avais l’impression de ne plus avoir de forme, de ne plus sentir les limites de mon corps, et j’avais le besoin urgent de reprendre contact avec moi-même.

A vrai dire, cela a surement plus à voir avec mon état émotionnel du moment, le manque de soutien, et les choix éducatifs que j’avais fais. Mais tout se conjuguant, je n’étais plus prête à donner de ma personne 24 h/ 24.

Après 2 ans de scolarisation en école alternative, on a repris le chemin de l’Instruction en Famille, et ce paramètre a aussi fait parti de mes appréhensions. Je voulais être attentive à conserver mon espace personnel, et du temps pour prendre soin de moi, comme pour développer mon activité professionnelle. Aujourd’hui, je ne parlerai plus d’une peur, mais plutôt d’une vigilance que je garde pour me retrouver dans ce choix, qui aujourd’hui celui de mes enfants. Enfin, plus pour longtemps, car ma fille veut aller au collège en 6° à la rentrée ^^

Peur numéro 5 : Vivre avec les apprentissages autonomes et mon manque de disponibilité

Quand les enfants ont repris l’école à la maison, ils n’avaient pas du tout envie de repartir dans des apprentissages formels. Cela me paraissait tout à fait normal, et j’ai fais le choix de respecter cela, pour que l’envie d’apprendre puisse naturellement renaître à l’intérieur d’eux. J avais en effet pu constater que leur scolarisation avait réduit leurs centres d’intérêts !

L’année suivante, j’ai racheté des cahiers d’exercices concentrant les apprentissages du programme de l’année, mais cela les a peu intéressé. Par moment, ils ont accepté d’en faire et à d’autres, ils se consacraient à leur propre vie ^^ Je ne sais pas comment le dire autrement : ils suivent  leur envies du jour, tout simplement 😉 Cette expérience d’Instruction en Famille leur a fait développé une grande autonomie dans tous les domaines, et ils ne manquent plus de passions.

Cette année, on a pris la direction des apprentissages autonomes plus assumés. C’est toujours ma problématique : faire et assumer au grand jour ^^ Avec tout ce temps libre où les enfants vaquent à leurs activités, j’ai moi aussi appris à faire la même chose. Je consacre mes journée à mes intérêts et mes envies du moment, et j’en ai pleins !  A telle point que je culpabilise parfois (souvent même !) de ne pas être assez disponible pour eux. A vrai dire, quand j’ai du temps disponible, ils sont souvent déjà occupés. Alors j’ai petit à petit pris le parti de faire ma vie, et de me montrer disponible quand ils m’en témoignent le besoin directement ou indirectement : se disputer ou une crise de colère sont des formes indirects de besoin de temps privilégié chez nous !

Pour ce qui est des apprentissages, ils ne vont pas dans des directions qui ont vocation à me rassurer. Ma fille passe ses journée à dessiner, faire des créations, se maquiller, se coiffer, et regarder des tutos pour apprendre à faire tout ça. Mon fils lui est fan de Minecraft, de cartes Pokémon et de bandes dessinées. Et dès que les copains rentrent de l’école, ils sont dehors à jouer avec eux. Ils ne sont pas très intéressés par les activités extra-scolaires non plus. Ma fille fait de la danse moderne jazz, et mon fils n’a pas souhaité faire de sport cette année.

Alors quand apprennent-ils, me direz-vous ? A vrai dire, je ne sais pas, mais je suis chaque jour étonnée par leur culture générale et par leurs connaissances. J’observe aussi qu’ils ont un niveau à peu prêt égal aux enfants scolarisés de leur âge. Souvent je leur dis : »Mais où tu as appris ça ? ». Je pense encore à ma fille qui a dit il y a quelques jours à son frère « Nino, tu te prends pour Hitler ou Mussolini? C’est pas une dictature ici ! ». Et ma mère qui m’a raconté qu’en jouant avec eux, elle avait vu que mon fils connaissait les chaines de montagnes, et la hauteur approximative de leurs sommets. En fait, je ne sais pas ce qu’ils savent, et ils savent pleins de choses que je ne sais pas. Cela m’émerveille chaque jour !

Peur numéro 6 : l’inspection académique !

Elle rejoint la peur de fond qui sous-tendait toutes les autres : assumer face à une autorité qui voit d’un regard désapprobateur mon choix différent et engagé des apprentissages autonomes. Elle vient me dire que c’est encore inconfortable pour moi de ne pas rentrer dans les attentes que l’on pose sur moi, même si ces attentes me semblent infondées ou ridicules. J’ai encore du chemin a faire à propos de celle-là, mais je l’écoute et je le remercie d’être là pour me montrer que je dois continuer à apprendre à m’affirmer telle que je suis.

Thierry Pardo parle de 3 étapes de l’Instruction en famille : déscolariser son enfant, se déscolariser (mettre de coté nos références scolaires) et déscolariser notre inspecteur. Me voila donc arriver à la dernière étape 😉

Finalement, je ne sais pas qui apprend le plus à l’autre, de moi ou de mes enfants, mais j’aime notre famille pour son authenticité et pour son impermanence qui laisse place à la vie.

Des bisous à tous !

Voici le lien des émissions Fami-TV sur ce thème à laquelle j’ai eu la chance de participer : 

Cliquez ici pour accéder à mon site « S’épanouir en Famille »

 

A Propos de l’auteur

liz perret
Bonjour :)
Je suis psycho-énergéticienne, spécialisée dans l’accompagnement parental et familial… et surtout la maman de 2 enfants de 11 et 9 ans.
Depuis leur naissance, je me suis passionnée pour le maternage, la parentalité bienveillante, les pédagogies alternatives, les médecines naturelles, l’alimentation saine, les cosmétique fait maison, l’éducation populaire, l’écoute active, la psychologie positive, les soins énergétiques, la féminité au sens large… Curieuse par nature, j’adore apprendre et partager mes passions :)

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Ansidei dit :

    C’est hallucinant ma fille n’a que 3 ans mais j’aurais pu écrire ce texte!!!!

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